Visite chez Fertin Acoustic les 3 et 4 mars 2011

Visit to Fertin Acoustic on last march 2011

J'ai eu l'immense plaisir et le grand privilège de passer deux jours dans le sud de la France en mars dernier en compagnie de Jean-Marie Semblat, génial concepteur et fabricant des haut-parleurs Fertin Acoustic Model 7 sans suspension périphérique, et de Jean-Claude (dont nous tairons le patronyme pour des raisons évidentes de confidentialité). Entre Montblanc et Sigean, deux charmantes petites villes situées entre Perpignan et Montpellier, j'ai pu découvrir quelques facettes de la fabrication de ces bijoux acoustiques et vibrer au son de deux installations équipées de ces haut-parleurs qui sont probablement les meilleurs haut-parleurs électrodynamiques de la planète. Dans une ambiance décontractée et avec un accueil d'une chaleur incomparable.

L'idée de supprimer la suspension périphérique et le spider n'est en soi pas nouvelle. Certains fabricants se sont déjà essayé à cette technique, on se souvient de Goodmans et de son Axiom 80, plus récemment Yamamura Churchill et son haut-parleur à membrane en papier washi et actuellement Gilles Millot et ses haut-parleurs Leedh. A noter toutefois que les transducteurs Leedh s'affranchissent complètement de système mécanique pour maintenir les membranes en place, ce qui n'est pas le cas des deux autres ni même de Fertin Acoustic. Sans entrer dans la théorie technique que je ne maîtrise pas, Jean-Marie Semblat a d'abord traité le problème (le mot est pesé) du maintien de la membrane en considérant que la suspension (et le spider) doit être plus souple quand la fréquence reproduite descend et plus rigide plus la fréquence s'élève. C'est à peu près l'inverse qui se produit sur un haut-parleur conventionnel avec les aléas supplémentaires liés aux contraintes mécaniques imposées par la suspension et le spider (variation d'élasticité en fonction des élongations, non linéarité de comportement voire hystérésis sur fortes élongations, usure, etc...). Le premier modèle issu de ce raisonnement est un large bande de 21 cm dévoilé il y a un peu plus de 3 ans. La membrane en pulpe de cellulose est entourée d'une couronne en carbone placée très près du saladier. Cette proximité permet par effet de sol (souvenez-vous des carrosseries à jupe des Formule 1 des années 80) de maintenir la membrane centrée pendant les élongations. La suspension périphérique (puis plus récemment le spider) sont remplacés par trois tiges en carbone positionnées à 120° l'une de l'autre. Ces tiges sont soudées à une extrémité sur la couronne de carbone et donc sont solidaires de la membrane. Leur autre extrémité repose sur un petit bras en carbone fixé par vis sur un anneau en bronze monté autour du saladier. Ce bras peut pivoter autour de son point de fixation de manière à modifier l'endroit du point d'appui avec la tige. Ce dispositif permet de faire varier la rigidité de la tige donc de limiter le cas échéant les déplacements de la membrane. Les trois tiges se croisent au centre de la membrane sur l'ogive en bronze entourée d'un bicône en pétales de fleur. Les propriétés mécaniques (flexibilité et élasticité en fonction du type d'effort exercé) du carbone sont tout à fait appropriées à l'utilisation qu'en fait Jean-Marie Semblat. Les caractéristiques Thiele et Small mesurées avec un tel haut-parleur indiquent clairement qu'il tend vers l'idéal théorique. Néanmoins la courbe de réponse montre des variations d'amplitude qu'il est nécessaire de corriger soit par une cellule de correction passive (filtre haut-parleur) soit au moyen d'un égaliseur paramétrique par exemple comme sur l'installation de Jean-Claude. Il ne faut pas hésiter à comparer cette technique à la correction RIAA qu'il est nécessaire d'appliquer quand on écoute un vinyle pour comprendre que la démarche n'est ni sacrilège ni anti-musicale, elle est simplement indispensable comme l'est la correction RIAA.

Après les résultats encourageants du 21 cm décliné en versions ferrite et à excitation (dans les deux cas, la motorisation est très puissante), le concepteur a appliqué son principe à toute sa gamme de haut-parleurs incluant un large bande de 13 cm (hallucinant en termes de caractéristiques et de musicalité, absolument aucun 13 cm n'est actuellement capable de telles performances) et des boomers de 31 cm, 38 cm et 46 cm de diamètre. J'en vois certains se gratter la tête... Comment faire du grave sans danger avec des haut-parleurs sans suspension ? Il faut effectivement oublier ce qu'on a connu avant, tirer un trait une fois pour toute sur ce qui a pu être dit et écrit sur le sujet depuis des lustres, bref il faut faire un reset général, un "Control Alt Sup". Car ce que sont capables de délivrer ces trois unités de grave est proprement exceptionnel. J'ai pu écouter le 21 à excitation en charge DBR (double bass reflex) de conception Michel Fertin, sans caisson de grave additionnel dans un premier temps. Le rendu des premières octaves est déjà incroyablement rapide, articulé, puissant et profond. On reste bouche bée. La caisse en marbre (voir plus bas) fait de pures merveilles, elle bannit la moindre trace de son de boîte. Puis on raccorde le caisson équipé d'un 31 cm en version ferrite (unique, en mono et en marbre chez Jean-Marie Semblat, double, en stéréo et en bois chez Jean-Claude) et là, on décolle pour un autre monde. Les modulations basse fréquence sont ressenties dans tout le corps, il s'agit bien d'une transmission aérienne de la musique, les membranes pulsent l'air exactement au rythme de la fréquence du support et non plus dans le magma approximatif habituel des haut-parleurs traditionnels. On ne sent rien vibrer autour de soi, le coefficient de surtension des caissons reste faible et n'excite aucune résonance dans la pièce. C'est démoniaque. Jean-Claude est un grand amateur d'oeuvres pour orgues et je peux vous assurer que chez lui, c'est une écoute grandeur et couleur natures que procurent les Fertin même corrigés par égaliseur.

L'installation de Jean-Claude travaille autour de deux enceintes DBR en bois avec un 21 cm Model 7 à aimant ferrite et deux caissons de grave DBR avec un 31 cm Model 7 à aimant ferrite lui aussi. Mêmes volumes que les enceintes de Jean-Marie (voir plus bas) mais bien plus transportables... La configuration électronique que Jean-Claude a mise au point et qu'il continue d'améliorer sans cesse, est tout à fait unique. Nous ne dévoilerons pas le schéma précis de celle-ci qui a demandé beaucoup de réflexion et de travail mais Jean-Claude utilise une platine vinyle et un serveur musical en tant que sources, les signaux préamplifiés transitent par un Ultramatch Pro 2496 Behringer suivis de deux égaliseurs numériques Behringer dont les sorties alimentent un amplificateur à tubes 300B pour le 21 cm et un amplificateur en classe D pour les 31 cm. Quant à l'écoute, c'est simple. Il ne m'a fallu que quelques secondes d'écoute de la piste Julsang du CD "Cantate Domino" pour comprendre que j'étais devant un système exceptionnel avec une approche peut-être plus matérielle, plus charnelle que le système de Jean-Marie sans pour autant perdre en ciselé, en définition et en précision dans l'analyse harmonique. Et quel grave encore une fois ! Même en bois, les enceintes n'émettent aucune vibration, aucune coloration, grâce à un haut-parleur et à leur charge à très faible coefficient de surtension. On sent l'air vous envahir, la modulation vous enlacer sans que rien ne vibre dans la pièce. Quelle claque musicale !

L'installation de Jean-Marie Semblat est basée sur des superbes enceintes en marbre fabriquées par Marc Amiard de . Elle est composée de deux enceintes DBR de 65 litres équipées d'un 21 cm Model 7 à excitation (environ 140 kg chacune), de deux colonnes DBR de 18 litres équipées d'une ancienne version à suspension du 13 cm déjà remarquable à l'écoute et d'un caisson de grave en marbre d'environ 420 kg chargeant en bass reflex un 31 cm Model 7 en version ferrite (câblé en mono sur un seul canal). Les électroniques incluent un minuscule ampli en classe D pour le grave, un préamplificateur et deux amplificateurs à tubes Michel Fertin pour les 13 cm et 21 cm, un filtre numérique pour la correction en fréquences et un lecteur de CD classique. Aucune fioriture particulière au niveau de l'équipement, aucune référence haut de gamme de coût démesuré. L'écoute se caractérise par un piqué et par un fouillé extraordinaires, avec des contours de notes incroyablement dessinés. Les timbres sont d'une rare justesse, le haut-parleur est si rapide qu'on entend beaucoup plus de détails qu'avec des enceintes même ultra haut de gamme. Les extinctions de notes sont époustouflantes de réalisme. L'effet de présence est aussi fascinant qu'avec des enceintes à pavillons de haute qualité, le son canard et l'effet porte-voix en moins. Quant au grave, je n'avais encore jamais entendu un grave aussi net et aussi articulé (merci aux enceintes Lith Audio), ultra rapide au démarrage comme au "freinage" et descendant aussi bas avec une telle aisance. Deuxième claque du séjour...

Jean-Marie Semblat continue ses recherches d'optimisation et d'amélioration à raison d'une idée nouvelle par jour en moyenne. A cette cadence les haut-parleurs risquent fort de progresser encore et encore... A l'écoute de ces Model 7 très en avance par rapport à toute la concurrence mondiale en termes de technicité et de musicalité, on a du mal à imaginer comment sonneront les prochaines créations du sorcier de Sigean. Déjà le simple fait de monter un saladier entièrement en bronze comme sur la photo ci-dessus améliore un peu plus le rendu du haut-parleur. La modification est certes coûteuse et augmente le prix assez élevé de toutes ces unités d'exception entièrement réalisées en France mais il suffit d'admirer le travail de l'artiste puis d'écouter ses transducteurs hors pair pour comprendre que ces Model 7 sont de véritables oeuvres d'art. Tous mes remerciements à Jean-Marie et à Jean-Claude pour m'avoir fait découvrir ce que je ne supposais même pas.